« L’exécution du canal est une décision irrévocable : quoi qu'il advienne, quoi qu'il en coûte, le canal s’exécutera ». C’est par ces mots que le maire Maximin Consolat est entré dans la légende de Marseille en 1834.

En effet. A ce moment-là, la ville vit un épisode de sécheresse sévère au cours duquel les Marseillais ne disposent que d’un litre d’eau par jour et par personne. Une eau d’une qualité plus que douteuse, ce qui n’empêche pas d’en venir aux mains et conduit les autorités à faire garder les points d’eau par la troupe. 

Aux XVIIIe et XIXe siècle, on ne parle pas encore de dérèglement climatique, mais les cataclysmes s’enchaînent, les rivières débordent régulièrement, alternant avec des périodes de cinq ou six mois sans aucune goutte de pluie. On note par exemple 270 mm d’eau pour l’année 1770 et 1408 mm, soit cinq fois plus, deux ans plus tard ! 

En 1834, des pluies diluviennes font une nouvelle fois sortir de leur lit le Jarret et l’Huveaune qui inondent les quartiers riverains. Une épidémie de choléra se répand et entraîne la mort de 865 personnes. L’année suivante, nouvelle sécheresse, nouvelles inondations et bilan encore plus terrible du choléra : 2 576 morts. 

C’est au cours de cette période funeste que Maximin Consolat, quatorzième maire de Marseille, décide qu’on ne peut plus différer le projet de faire venir l’eau de la Durance jusqu’à la cité phocéenne. Il était temps ! Voici déjà trois siècles que l’idée avait été lancée par Adam de Craponne pour une ville passée entretemps de 30 000 à 132 000 habitants ! 

Natif des Alpes-Maritimes, Maximin Consolat est un négociant qui a fait fortune en Russie. Venu s’installer à Marseille, il est nommé maire par le roi Louis-Philippe en 1831. On lui doit le percement de l’avenue du Prado, l’inauguration de l’Arc de Triomphe de la Porte d’Aix, le tunnel du boulevard National sous les rails de la gare Saint-Charles et l'éclairage au gaz des rues principales de Marseille. 

Mais surtout, on lui doit donc d’avoir fait venir l'eau de la Durance, pourtant lointaine et séparée de Marseille par de nombreux chaînons montagneux (chaîne des Costes, plateau de l'Arbois, massif de l'Étoile). 

C'est pour cette raison que son buste sculpté a été placé sous la colonnade du palais Longchamp, à côté de celui de l'ingénieur Franz Mayor de Montricher, directeur du chantier du canal. 

Une rue du premier arrondissement de Marseille porte le nom de Consolat. Elle conduit opportunément de la Canebière au Palais Longchamp.