Nous voilà au Moyen-Age, une époque où les aqueducs romains sont détruits dans tout le royaume. Pourquoi donc ? Ils ne cadrent pas dans le paysage ?

Comme vous le savez, l’eau est source de vie. En période de siège, les ouvrages aériens deviennent des points faibles et l’alimentation en eau d’une ville est facile à couper pour l’ennemi. 

Néanmoins, Marseille fait une nouvelle fois exception à la règle. Elle est la seule du territoire à préserver un aqueduc. Il faut dire aussi qu’elle n’a pas trop le choix. La population augmente régulièrement et les nappes phréatiques locales ne suffisent plus. 

D’autant que les ponctions sur le cours du Jarret ne manquent pas pour réduire le volume d’eau disponible. L’une d’elles provient du canal des Jardiniers, dont la prise se situe à l’actuel quartier des Chartreux.  A l’origine, il est imaginé pour arroser quelques jardins potagers marseillais, ainsi que les ateliers de tannerie du quartier de la Blanquerie (aujourd’hui la Blancarde).  On l’appelait aussi le vallat dei cougourdo, plus communément le ruisseau des citrouilles, qui flottaient immanquablement à chaque crue. 

Ce canal des jardiniers est prolongé jusqu’au Vieux-Port en 1319, à l’occasion du transfert des reliques de Saint-Louis d’Anjou (celui du cours Saint-Louis). Marseille accueille alors le roi de France, le Pape, quelques monarques et seigneurs ainsi que 2257 chevaux qu’il faut bien abreuver. On pousse donc de quelques centaines de mètres le tracé dont on peut aujourd’hui encore deviner l’origine depuis la place Brossolette jusqu’à la rue Jussieu dans le 4e arrondissement de Marseille. 

En 1558, l’aqueduc de la Porte d’Aix est raccordé au Jarret. Mais l’eau de la rivière est si boueuse que la canalisation s’envase régulièrement. Il faut envisager d’aller encore plus loin. En 1599, on décide donc de prolonger l’aqueduc jusqu’à l’Huveaune. La prise est située au niveau du village de la Pomme. Pour arriver jusqu’au quartier du Panier, son trajet passe par Saint-Jean-du-Désert, Saint-Pierre et la Porte d’Aix où on peut encore voir quelques arches devant le bâtiment du Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur. 

Mais la ville n’est pas pour autant à l’abri d’une pénurie avec les épisodes de sécheresse et les prises d’eau clandestines. L’aqueduc de l’Huveaune et du Jarret va tenir jusqu’à ce que l’eau de la Durance arrive à Marseille. Il est alors grand temps. En 1835, un Marseillais s’en souvient sans nostalgie : « Il fallait ouvrir son parapluie en plein soleil, toutes les fois qu’on passait sous ses arceaux vermoulus tant il faisait eau de toute part ». 

L’ouvrage aura tout de même assuré l’alimentation en eau des Marseillais pendant 250 ans.