Nous allons aujourd’hui évoquer la Durance, que Jean Giono qualifiait de « sacrée crapule qui profite des pluies ravageuses et des orages pour aller rabouiller dans les vergers et les jardins, emportant ici quelques hectares et là quelques brebis, ailleurs quelques maisons ».

Oui, une véritable terreur. Au fronton de la halle aux grains d’Aix-en-Provence, place de l’Hôtel de Ville, une allégorie du sculpteur Chastel représente un homme âgé : c’est le Rhône, vieux fleuve tranquille, tandis qu’à ses côtés, une jeune femme impétueuse laisse son pied déborder du fronton, indiquant ainsi les caprices de la Durance. 

On disait ainsi sous l’Ancien Régime : « Les trois fléaux de la Provence sont le Mistral, la Durance et le Parlement ». 

A l’endroit où l’eau de la source se sépare en deux, on pouvait même lire autrefois ces quelques vers gravés sur une pierre :

« Adieu donc, chère sœur Durance,

Il nous faut séparer sur ce mont

Toi, tu vas dévaster la Provence

Et moi, fertiliser le Piémont » 

Une Durance qui naît près de Montgenèvre dans les Hautes-Alpes, traverse Briançon, Embrun, Sisteron et Cavaillon avant de se jeter dans le Rhône au sud d’Avignon. Une rivière à régime torrentiel, notamment utilisée pour le flottage du bois. C’est avec ces troncs descendant le cours d’eau que l’on construisait à Marseille les mâts des bateaux et les poutres des immeubles à trois fenêtres, dont les dimensions dépendaient de la longueur des troncs disponibles.  

Au moment de trouver une solution pérenne pour approvisionner Marseille en eau, le choix n’a pas été très difficile. La seule rivière à distance raisonnable (50 kilomètres à vol d’oiseau) était la Durance. Certes, elle avait mauvaise réputation en raison de ses caprices, mais elle présentait cependant un avantage incontournable : son extraordinaire débit, pouvant atteindre 190 mètres cube/seconde au confluent avec le Rhône. 

C’est le barrage de Serre-Ponçon, dans les Hautes-Alpes, livré en 1961, qui va ‘’domestiquer’’ les flots et permettre de produire en électricité hydraulique l’équivalent d’une centrale nucléaire. 

Un siècle plus tôt, au prix d’efforts colossaux, le canal de Marseille n’en avait pas moins conduit les eaux de La Durance jusqu’au palais Longchamp dont la fontaine, haute de 10 mètres, symbolise la rivière sous les traits d’une femme entrant dans Marseille sur un char tiré par quatre taureaux, amenant fertilité et prospérité. Un palais Longchamp dont nous célèbrerons cette année le 150e anniversaire.