Avant l’arrivée de l’eau de la Durance par le canal, existait-il à Marseille des réseaux d’adduction d’eau qui desservaient directement les particuliers ?

Eh bien, oui ! Un réseau a fonctionné pendant une cinquantaine d’années sous le nom de « Compagnie des Eaux de la Rose ». Il alimentait les quartiers de Chave et de la Plaine. On peut d’ailleurs encore trouver aujourd’hui quelques regards en fonte portant le nom de la compagnie.

Dans les années 1830, la zone est en rase campagne, avec des propriétés agricoles, des jardins, des vergers et même des pâturages où l’on peut croiser des chèvres et quelques vaches.

Il n’empêche que l’économie du premier port de France tourne à plein régime et sa population ne cesse d’augmenter, entraînant une sévère crise du logement.

C’est alors que les propriétaires de terrains en périphérie, sous l’impulsion de l’un d’entre eux, André Chave, décident de changer de stratégie. Plutôt que de tirer de maigres revenus de l’affermage de leurs campagnes, ils se mettent en tête de construire des immeubles que l’on qualifie de rapport.

Placer à la vente ou à la location des appartements neufs, voilà une bonne idée. Mais le secteur est éloigné du centre, il n’est pas desservi par les transports en commun et la Ville traîne des pieds pour raccorder les voies d’accès au réseau municipal. Pour compenser, il faut donc offrir des prestations qui n’existent pas dans les autres quartiers de la ville, et avant tout, cette eau courante qui manque tant aux Marseillais en ce début de XIXe siècle.

André Chave et ses voisins qui se nomment Terrusse, Mérentié, Rougier, et dont les rues du quartier ont gardé le souvenir, n’attendent pas l’arrivée de l’eau de la Durance par le canal de Marseille pour offrir dans leurs immeubles « l’eau à la pile ». Ils créent une société privée qu’ils appellent : « Compagnie des Eaux de la Rose », en référence au secteur où est installée, en 1842, une prise d’eau sur la rivière Jarret.

La Ville autorise cette prise mais en fixe le débit et exige que 10% de la ressource captée lui soit reversée… Il reste à créer 16 kilomètres de canalisations pour amener l’eau dans les maisons. Au final,  le réseau privé alimente en eau 650 abonnés, mais l’aventure prend fin en 1890, lorsque la municipalité décide finalement de faire valoir son monopole.

Un buste d’André Chave à l’entrée du boulevard éponyme, rappelle cet épisode de promotion immobilière que les chansonniers de l’époque avaient brocardé en surnommant le nouveau quartier : « Chavopolis ».