De tous temps, les images d’eau sale semblent avoir collé au Vieux-Port de Marseille, comme si la ville entière s’était toujours généreusement déversée dans son berceau. Une réalité ?

Presque. D’après les fouilles archéologiques, la ville a quand même disposé d’un réseau d’égouts enterrés dès le IIIe siècle avant notre ère. Des tronçons ont d’ailleurs été identifiés sous les caves Saint-Sauveur (place de Lenche) et dans le secteur de la Bourse. Massalia aurait donc été donc la première ville de Gaule, à avoir disposé d’un réseau d’assainissement.

En revanche, tous les historiens s’accordent pour dire qu’après la période d’influence grecque, puis romaine, la ville a abandonné l’entretien du réseau d’assainissement et on peut avancer que pendant près de vingt siècles, le Vieux-Port a directement servi d’égout principal.

Tous les écoulements de la ville aboutissaient là. Comme la calanque n’était pas très profonde et que tous les rejets s’y accumulaient, il fallait procéder régulièrement à « la cure du port » à l’aide de godets qui draguaient le fond et ramenaient à la surface… ce qu’on allait jeter à l’eau un peu plus loin.

En clair, tout partait à la mer. Pour s'éviter les corvées de ‘’tinette’’, beaucoup de ménagères vidaient sans vergogne leurs excréments par les fenêtres, en prenant soin de faire précéder le jet malodorant du fameux cri : « Passarès ! » qui prévenait le passant de s’abriter au plus vite dans une encoignure de porte. La pente naturelle des rues en forme de rigole entraînait le tout et pour éviter de patauger, surtout par temps de pluie, mieux valait marcher sur les côtés, c’est-à-dire les parties hautes de la rue. D’où l’expression « tenir le haut du pavé », privilège réservé aux nantis.

Récupération des tinettes par le "torpilleur des rues"

A Marseille, la dernière rue où ont résonné ces « Passarès »  se trouvait dans les vieux quartiers, naturellement baptisée rue de la Pissette, avant d’être transformée en 1847 en rue de la Piquette pour éviter un nom trop évocateur.

Pour le Vieux-Port, l’arrivée de l’eau de la Durance va changer la donne, avec des milliers de litres d’eau brute déversés dans le bassin dont il faut quand même assurer le curage. Un nouveau navire est chargé de cette besogne, sous le nom charmant de « Marie-Salope ». 

Aujourd’hui, Marseille dispose d’un réseau moderne d'égouts d’environ 1 750 km de canalisations où s’évacuent les eaux usées traitées par Géolide, la station d’épuration située à côté du stade Vélodrome. Ce qui n’empêche pas certains indélicats de continuer à jeter toutes sortes de saletés dans le Vieux-Port.