Tout le monde à Marseille connaît les Chutes-Lavie, quartier situé entre la Belle-de-Mai et Longchamp. Avec un nom pareil, faut-il comprendre qu’il y avait des chutes d’eau dans cette partie de la ville ?

Oui, et on peut même dire qu’il existait les chutes de monsieur Léon Lavie, un ingénieur venu de Constantine, en Algérie, pour s’installer à Marseille. Tout d’abord dans le quartier de Saint-Marcel, sur le cours de l’Huveaune, où il loue un moulin en 1878. Novateur et ingénieux, il perfectionne la partie mécanique du système et lui adjoint une machine à vapeur. Une initiative qui lui permet de tripler son rendement.

Mais il ne s’arrête pas là. Léon Lavie prend connaissance de la déclivité du tronçon du canal de Marseille, entre le bassin de Sainte-Marthe et le Palais Longchamp. Celle-ci représente une ressource hydraulique alors inutilisée et bien plus puissante que le courant de l’Huveaune.

L’ingénieur projette donc d’utiliser la seule force motrice de l’eau, du fait de la pente, et de la rendre au canal telle quelle, en contrebas. Il va acheter un terrain, obtenir une concession pour la fourniture de l’eau et construire deux séries de moulins, la seconde en dessous de la première. Le succès est rapidement au rendez-vous et les minotiers Morricelly, Olive, Caire, Magaud, l’huilier Verminck et le moulin à maïs Guieu viennent occuper les bâtiments qui existent toujours le long de la rue Isaïa, même s’ils ont changé de fonction. 

A l’entrée du quartier, avenue des Chutes-Lavie, se dresse aussi une bâtisse de très belle architecture et bien connue des Marseillais. Il s’agit du pavillon du partage des eaux, appelé "Le Tore", construit en 1901 et aujourd’hui désaffecté. A l’origine, ce pavillon recevait l’eau en provenance du bassin de Sainte-Marthe. Une énorme conduite occupait le centre de l’édifice culminant à 77 mètres. La mise à l’air libre, au sommet, permettait de casser le niveau de pression pour préserver les canalisations qui repartaient sur les côtés afin d’alimenter le centre-ville.

L'architecture, superbe, avait été finement étudiée pour retranscrire la légèreté et la transparence de l’eau.

Au même endroit, un siphon passe sous la voie et ressurgit dans le jardin zoologique pour rejoindre le Palais Longchamp, le long d’un aqueduc de 238 mètres.

Le pavillon du partage des eaux est resté en activité jusqu'en novembre 2001. Il figure aujourd’hui à l’inventaire général du patrimoine culturel.