Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir le robinet pour bénéficier d’une eau de qualité, et à volonté. Mais on n’imagine pas tout le travail que ce geste représente en amont.

En effet, et a fortiori ce que cela impliquait naguère. Quand on n’avait pas la chance d’avoir un puits à domicile, il fallait aller à la fontaine, remplir des cruches et les ramener chez soi. La corvée était bien sûr quotidienne. Le seul moyen d’y échapper : payer un porteur d’eau. 

Porteur d’eau, c’était le plus basique des métiers de l’eau et sans doute le plus éreintant, quel que soit le système. Le plus courant était une barre de bois, passée derrière le cou et aux extrémités de laquelle pendaient les seaux. Ce qui permettait d’équilibrer la charge. Mais à raison de 12 litres par seau en moyenne, on imagine la souffrance. 

On retrouve notre porteur d’eau en santon, comme un incontournable acteur de la crèche provençale. Et si la fonction a disparu chez nous, elle est toujours d’actualité dans d’autres parties du monde. 

Au temps des voitures à chevaux, un autre métier de l’eau permettait de nourrir sa famille, celui du piqueur, chargé d’abreuver les bêtes. Le terme sera repris plus tard pour désigner familièrement les cantonniers-arroseurs dont nous aurons l’occasion de reparler. 

Il y avait aussi les professions de puisatier et de cureur de puits, indissociables des visages de Raimu et de Fernandel. Dans le film « La fille du puisatier » Marcel Pagnol a fort bien décrit le danger couru par ceux qui creusaient et entretenaient les puits. 

Mais le métier le plus prestigieux était autrefois celui de fontainier. A partir du XVIe siècle, le fontainier devient le véritable responsable du réseau d’eau des villes. Sa charge qu’il a payée très cher, se transmet de père en fils. Et pour cause : le fontainier est le seul à connaître l’emplacement des conduites souterraines et il garde jalousement ces informations. 

Devenu aujourd’hui un agent réseau chargé de la maintenance via une cartographie numérique, le fontainier travaillait en étroite collaboration avec deux métiers qui ont eux aussi largement évolué : le pompier, alors spécialisé dans le fonctionnement des pompes, et le plombier, naguère concentré sur les tuyaux en plomb. Sans oublier l’éclusier, qui, en dehors des fleuves, gérait les bassins de décantation ou de filtration. 

Enfin, plus loin de nous, le pertuisanier de l’arsenal des galères était chargé d’utiliser les galériens lorsqu’ils n’étaient pas attachés à leur banc de rame. Principale mission : remplir les réserves d’eau de l’arsenal. 

Les pauvres bougres préféraient-ils ramer ou s’acquitter de cette tâche ? Dans les deux cas, la galère était assurée !