Pour résumer la présence de l’eau à Marseille autrefois, on peut dire qu’il y en avait un peu partout, mais pas pour tout le monde… 

En effet. Jadis, des nappes phréatiques abondantes descendaient des hauteurs de Saint-Charles, de la Plaine ou de Longchamp et confluaient sur la Canebière. 

D’ailleurs, lors de la construction des Nouvelles Galeries et du Grand Hôtel Noailles sur l’artère emblématique de Marseille, les terrassiers ont eu un mal fou à dégager les fondations des flots d’eau qui les envahissaient. 

Cette présence d’eau douce sous les premières habitations, à la naissance de Massalia, a permis à la population d’accéder aux eaux souterraines par de nombreux puits dont on retrouve la trace dans les noms de plusieurs rues : rue du Puits du Denier, rue du Grand-Puits, rue Fontaine du Caylus… Imaginez que la ville antique comptait plus de 300 puits intra-muros ! 

Sous l’influence grecque, la ville est alors prospère. On la surnomme la Nouvelle Athènes. On y parle le plus pur grec de la Méditerranée et on y propose des emprunts remboursables, tout au moins dans l’au-delà… Quand la ville passe sous domination romaine, elle est déjà quadrillée par un réseau d’eau élaboré ainsi que par un réseau d’égouts enterrés. 

Mais la dislocation de l’empire romain, les invasions barbares et les épidémies ruinent petit à petit ces infrastructures et au Moyen-Âge, le réseau ne permet plus d’épancher la soif des Marseillais. 

Lorsque les réserves disponibles sur le territoire de la ville deviennent insuffisantes, il faut forcément regarder plus loin, au-delà des limites communales. Ainsi, au IXe siècle, il est décidé la construction d’un aqueduc. 

L’ouvrage part de l’actuel quartier du Camas, passe par-dessus la porte d’Aix et arrive jusqu’à la butte des Moulins, au sommet du quartier du Panier. De là, l’eau est répartie vers les différentes fontaines, abreuvoirs et lavoirs. Elle n’est pas encore puisée dans la rivière Jarret. L’aqueduc fonctionne comme un drain sur le parcours souterrain, captant les eaux issues des nappes phréatiques locales. 

Au XIIe siècle, la population s’accroît, tandis que le port accueille des milliers de chevaliers et autant de montures qui embarquent pour la Terre Sainte. C’est le temps des Croisades, avant celui des Croisières. Et il faut de l’eau, beaucoup d’eau pour faire face aux événements. Et on commence de nouveau à en manquer, d’où l’obligation d’aller la chercher encore et toujours plus loin…